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La génération des chanteurs qui ont fait les grands soirs de l’art lyrique dans les années 1960-1970 disparaît inéluctablement. Après Teresa Berganza l’été dernier, c’est Renata Scotto qui vient de nous quitter, le 16 août 2023, à l’âge de 89 ans, dans la ville de Savona, en Ligurie, au nord-ouest de la péninsule italienne où elle était née le 24 février 1934. Sa remarquable carrière l’a menée sur toutes les grandes scènes d’Europe comme celles du Nouveau monde. Elle a toujours servi avec probité et intelligence les compositeurs qu’elle avait choisi de chanter, ce qui lui permit de préserver longtemps sa voix. Elle fut célèbre, sans céder au tapage médiatique auquel certaines de ses consœurs se sont parfois prêtées, trop souvent aux dépens de leur carrière. La presse italienne et internationale a rendu un hommage unanime à la soprano : La Stampa a salué « l’une des voix les plus importantes » de l’opéra. Un communiqué de La Fenice de Venise, où elle se produisit très souvent, la décrit comme « une artiste extraordinaire et sincère ». Comme ce fut le cas pour beaucoup de chanteurs lyriques, la jeune Renata participa, dès l’enfance, à la chorale de sa paroisse, parfois en solo. Sa vocation lyrique serait née après qu’elle eût entendu Tito Gobbi dans Rigoletto. Plus extraordinaire, le ciel s’en serait mêlé, puisque la Malibran, en personne, l’aurait encouragée à suivre cette voie... si l’on en croit une séance de spiritisme à laquelle Renata participa quand elle avait 11 ans. C’est plus qu’il n’en fallait pour conforter son désir d’apprendre et fortifier son souci de bien faire, qualités qui vont caractériser toute la carrière de cette artiste. Dès lors, elle cherche à passer une audition et elle se produit en public, à 15 ans, dans l’air redoutable d’Azucena, « Stride la vampa », du Trouvère de Verdi, car elle pense être une mezzo. À seize ans, elle étudie le chant à Milan, avec le baryton italien Emilio Ghirardini, qui forma également le ténor péruvien Luigi Alva. La carrière de ce dernier laisse entrevoir l’importance que le maître italien accordait au legato, à l’art de la colorature, en un mot au bel canto. C’est alors qu’Alfredo Kraus remarque la jeune Renata et la met en relation avec son propre professeur de chant, une soprano espagnole, Mercedes Llopart, qui avait fait sa carrière en Italie, notamment sous la houlette de Toscanini. La soprano espagnole va modifier toute la technique de la jeune Renata. Elle l’oblige à renoncer aux rôles de lirico spinto - dangereux pour une jeune voix -, pour se concentrer sur le bel canto : Bellini et Donizetti (Adina de

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L’Elixir d’amour, le rôle-titre de Lucia di Lammermoor, Elvira des Puritains, Amina de La Somnambule). En 1952, à l'âge de 18 ans, à la veille de Noël, Renata se produit dans le rôle de Violetta, dans La Traviata. Elle récidive l’année suivant au Théâtre Nuovo de Milan après y avoir remporté son premier concours de chant. La même année, le chef d’orchestre Vittorio de Sabata qui l’auditionne pour le rôle travesti de Walter de La Wally d'Alfredo Catalani, l’engage sur le champ dans ce rôle aux côtés de Mario Del Monaco et de Renata Tebaldi, les chanteurs italiens les plus en vue de l’époque. Au cours de cette soirée, Scotto aura droit à quinze rappels. Rapidement, tous les théâtres d'Italie font appel à la jeune chanteuse. Lors du Festival d'Édimbourg, le 3 septembre 1957, elle remplace au pied levé, Maria Callas qui avait refusé d’assurer une cinquième représentation de La sonnambula de Bellini, non prévue dans son contrat. À 23 ans, grâce au rôle d'Amina, héroïne de cet opéra, Renata Scotto entre de plain pied dans la catégorie des « grandes» interprètes, saluée par l’ensemble du monde lyrique. Les deux sopranos se retrouveront pour l’enregistrement de la Médée de Cherubini, première intégrale d’opéra pour Scotto, dans laquelle elle interprète le rôle de Glauce (1957, EMI-Warner). Comme chaque nouvelle publication discographique de Callas attire l’attention des critiques musicaux les plus influents, dans l’ancien comme dans le nouveau monde, cette publication constitue une opportunité exceptionnelle pour que la jeune cantatrice soit connue par un large public de mélomanes qui ne manquèrent pas de saluer la prestation de la jeune artiste. Le répertoire de Scotto, outre les œuvres de Bellini et Donizetti de ses débuts, va s’étoffer au fil du temps. Les choix se font avec l’intelligence et la probité qui caractérisent la cantatrice, c’est-à-dire dans le strict respect de l’esprit de l’œuvre et des spécificités musicales du compositeur. Progressivement ses prises de rôles s’élargissent à Verdi et Puccini. En 1958, elle fait ses débuts au Staatsoper de Vienne dans la Gilda de Rigoletto dont elle enregistre bientôt le rôle pour deux publications différentes : celle produite par Ricordi, en 1960, sous la direction de Gianandrea Gavazzeni est rapidement éclipsée par la version unanimement saluée, dirigée par Rafael Kubelik, avec Dietrich Fischer-Dieskau dans le rôle-titre (DG, 1964). L’exemple tragique d’une Callas, qui brûla prématurément ses vaisseaux et perdit prématurément sa voix, poussa Scotto à suivre une démarche prudente. Ce qui ne l’empêchera pas de chanter plus de cent rôles différents, de Micaëla à Clytemnestre, en passant par Madame Butterfly et La Traviata, Sophie (Werther), Micaëla (Carmen), Nedda (I Pagliacci). Elle brilla par son legato, son phrasé et son sens de l’incarnation théâtrale. 2

Ce dernier point prouve qu’elle appartenait à la jeune génération de chanteurs qui, en scène, ne se contentaient plus de pousser la note, mais s’attachaient à donner vie, de façon crédible, à un personnage. Comme le souligne l’hommage publié par le théâtre de la Fenice où elle s’est produite moult fois, Scotto fut autant applaudie pour la musicalité de sa voix hors normes que pour ses talents remarquables de comédienne. Sans jamais jouer les divas, sans chercher à faire étalage de ses dons, la cantatrice brillait par la sincérité de son engagement dans chacun des rôles qu’elle interprétait, sans jamais séparer la qualité du chant de celle du jeu scénique. C’est ce qu’impliquait la définition dont elle usait pour définir l’artiste qu’elle était : « une soprano, tout simplement ». Grâce à son talent, elle fut acclamée sur les plus grandes scènes des deux continents dans Mimi de La Bohème, en 1960, à Chicago ; en 1962, à Covent Garden, puis en 1965, au Metropolitan Opera, où elle chantera au total 319 fois jusqu’en 1987, notamment en Cio-Cio-San (Madame Butterfly). Durant vingt ans, elle assuma les rôles les plus divers : Gilda (Rigoletto), Vitellia dans La Clémence de Titus de Mozart, Lucia dans Lucia de Lammermoor, sans oublier la Violetta de La traviata qu'elle a interprétée régulièrement. Au fil de sa carrière, elle aborde les rôles plus dramatiques de Verdi tels que la Leonora du Trouvère et la Desdémone d’Otello. On citera également ses autres prestations exemplaires en Marguerite (Faust, Gounod), Norma (Bellini), Manon Lescaut, (Puccini), sans oublier les rôles véristes comme celui de Santuzza (Cavalleria rusticana). Par ses talents d’actrice, Renata Scotto a particulièrement marqué les rôles dramatiques de Madame Butterfly, de Manon Lescaut et de Suor Angelica de Puccini, par une incarnation incandescente qui rendait justice aux compositeurs, parfois aux dépens de la beauté du son pour mettre en valeur les qualités dramatiques de l’œuvre. Le legs discographique de Renata Scotto est assez impressionnant, d’autant plus que la soprano a eu généralement des partenaires à sa hauteur. Ses prestations permettent au mélomane d’aujourd’hui, comme à celui de demain, de retrouver les qualités de la chanteuse et, grâce aux captations télévisées qui conservent ses prestations sur scène, celle de la tragédienne qu’elle a pu être. Ces dernières démontrent combien elle s’est mise au service des compositeurs, sans chercher à capter la lumière sur sa personne. Elle a enregistré des intégrales d’opéras avec des partenaires de premier plan, comme Alfredo Kraus, Giuseppe Di Stefano, Ettore Bastianini, Gianni Raimondi (Traviata et Rigoletto) et surtout Carlo Bergonzi (Rigoletto, Madame Butterfly, L’elisir d’amore, Lucia di Lammermoor).

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Elle n’a jamais abandonné le théâtre puisque, à l’heure de renoncer au chant, elle s’est consacrée, à partir de 1986, à la mise en scène. Elle avait cependant ajouté de nouveaux rôles tardifs à son répertoire comme La Voix humaine de Poulenc, Erwartung de Schoenberg, la Maréchale dans Le Chevalier à la rose, de Richard Strauss, en 1992, Kundry dans Parsifal de Richard Wagner, en 1995 et Clytemnestre dans Elektra de Richard Strauss, en 2000. Surnommée « Scottine » par ses admirateurs, elle pouvait s'enorgueillir d'avoir réalisé un rare parcours professionnel en interprétant plus de 100 rôles dans 45 opéras. Elle a remporté une multitude de prix dont un Emmy Award. Scotto s’est construite grâce à une volonté farouche d’atteindre le sommet de l’art lyrique. « Je veux être une diva », lançait-elle, dès ses premiers succès. Elle a été exaucée.

Danielle Pister, Maître de conférences émérite des universités Vice-présidente du Cercle lyrique de Metz