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Événement discographique chez Sony
«Jacques Mercier conducts Freench Masterworks»

Sony vient de publier un très beau coffret de dix CD reprenant tous les enregistrements réalisés naguère par Jacques Mercier à la tête de l’Orchestre National d’Ile de France dont il assura la direction artistique durant deux décennies, de 1982 à 2002. Ces gravures furent d’abord publiées sous étiquette RCA avant que ce label soit repris par le groupe japonais. Le Maestro prit ensuite les rênes de l’Orchestre Philharmonique de Lorraine, devenu sous son égide « National », pour le plus grand bonheur des mélomanes lorrains.

Nous connaissons depuis longtemps l’addiction du chef d’orchestre à la musique française des XIXe et XXe siècles. Celle-ci constitue une part importante de son répertoire au même titre que ces Sibelius et Chostakovitch dont les habitués de l’Arsenal de Metz ont gardé un fort souvenir. La publication de ce coffret est à marquer d’une pierre blanche pour deux raisons. Il faut d’abord souligner la grande qualité de cette formation alors récente, au début des années 80, l’Orchestre National d’Ile de France, créée dans le cadre de la politique menée par Marcel Landowski. En peu de temps, Mercier sut en faire un ensemble de premier plan avec, à sa disposition, d’excellents musiciens dont le premier violon Gérard Jarry, ancien soliste de l’Orchestre de chambre de Jean-François Paillard. Il faut ensuite insister sur l’intérêt des œuvres présentées : aux « tubes » maintes fois rabâchés, le chef et les réalisateurs ont préféré les chemins plus rares de la découverte, à l’exception d’un premier CD consacré à des airs religieux relativement connus de Gounod, Bizet, Franck, Massenet, Fauré, chantés ici par Françoise Pollet.

Camille Saint-Saëns, particulièrement mis à l’honneur, fait l’objet de trois CD différents, consacrés à des œuvres vocales pratiquement méconnues ou inédites pour lesquelles Jacques Mercier s’est assuré le concours du chœur régional Vittoria d’Île-de-France et de solistes éminents, parmi lesquels Nathalie Dessay, Françoise Pollet, Jean-Luc Viala. On peut ainsi découvrir des chefs-d’œuvre qui mériteraient d’intégrer le répertoire des grandes formations symphoniques et chorales. Nous nous contenterons de mentionner : le Requiem, et le Psaume XVIII, d’autant plus intéressants qu’ils ont été écrits par un compositeur agnostique ; la Cantate Le Déluge, poème biblique en trois parties ; enfin, plusieurs compositions réalisées sur les textes de Victor Hugo dont La Lyre et la Harpe et des fragments de L’Art d’être Grand-Père. L’œuvre de Saint-Saëns ne se résume pas au Carnaval des animaux, pas plus qu’à la Symphonie avec Orgue, ni à quelques concertos. Jacques Mercier et son orchestre le démontrent ici de façon éclatante.

Le nom d’Alfred Bruneau n’est connu que de quelques spécialistes, même si son Attaque du Moulin fut représentée à l’Opéra-Théâtre de Metz, il y a quelques années. Son Requiem et sa cantate Lazare, écrite sur un texte d’Émile Zola, ami du compositeur, complètent magnifiquement cet ensemble.

Le répertoire lyrique est représenté par cette œuvre de jeunesse de Georges Bizet qu’est le court opéra orientalisant Djamileh, servi notamment par l’excellente Marie-Ange Todorovitch que les habitués des représentations lyriques à Metz connaissent bien.

Deux CD sont consacrés à Albert Roussel avec, outre la Suite de Bacchus et Ariane, des œuvres moins connues telles que les Suites d’orchestres de l’opéra Padmavati et d’autres compositions encore plus inattendues comme le Bachelier de Salamanque et Le Marchand de sable qui passe.

Le Lorrain Florent Schmitt a toujours eu la faveur de Jacques Mercier. En témoignent ses enregistrements récents avec l’Orchestre National de Lorraine d’Antoine et Cléopâtre et du Petit Elfe ferme l’Œil, publiés sous étiquette Timpani. On se souviendra également de l’interprétation exemplaire, en concert, du fameux Psaume XLVII, donné en 2016 avec un excellent chœur coréen, aussi bien à Sarrebruck qu’au festival de la Chaise-Dieu, puis lors d’une grande tournée en Corée du Sud. On se réjouira donc de découvrir, dans cette série d’enregistrements, la musique composée en 1925 pour Salammbô, une adaptation pour le cinéma muet du roman de Flaubert. Le chef et son orchestre bénéficient ici du prestigieux Chœur de l’Armée Française avec lequel ils ont accompagné, au Festival d’Avignon, une projection publique de ce film ancien.

En ce début d’année 2018 qui marque le centenaire de sa disparition, mentionnons enfin le CD consacré à Claude Debussy. Il contient Le Martyre de Saint-Sébastien, composé sur un texte de Gabriele d’Annunzio et créé en 1911 avec une chorégraphie de Fokine et des décors et costumes de Bakst, l’un et l’autre liés aux Ballets russes. Trois années avant la première particulièrement mouvementée du Sacre du Printemps, Le Martyre de Saint-Sébastien provoqua déjà un scandale suffisamment important pour que l’Archevêque de Paris, le futur Cardinal Amette, menace d’excommunication tous les artistes qui participeraient à cet événement. Depuis lors, l’œuvre est peu programmée en concert et ne fut que très rarement servie par le disque. La version dirigée par Jacques Mercier n’en est que plus importante, bénéficiant notamment de la voix de Michael Lonsdale comme récitant.

Plusieurs des disques contenus dans ce coffret firent l’objet de distinctions parfaitement méritées : Prix de l’Académie du disque lyrique pour Djamileh, Grand prix de l’Académie Charles Cros pour Bacchus et Ariane, « Timbre d’Argent » du défunt magazine Le Monde de la Musique pour Le Martyre de Saint-Sébastien.

Formulons quelques vœux pour terminer. Le coffret, ici présenté, est édité en série « économique », pour un prix modique mais sans aucune notice musicologique, on peut le déplorer. Souhaitons que les magnifiques enregistrements réalisés, ces dernières années, à l’Arsenal de Metz, par Jacques Mercier et son Orchestre National de Lorraine, justement récompensés par plusieurs Diapasons d’or dont l’un « de l’année », fassent objet d’une édition regroupée. Enfin, verra-t-on un jour, distribué en France, cet album FILANDIA comportant trois des Concertos pour Piano du compositeur Selim Palmgren, seconde gloire musicale de la Finlande après son compatriote Sibelius ? C’est là le plus beau témoignage de ces années où le Maître eut en charge l’Orchestre Philharmonique de Turku.

Nous savons depuis longtemps que Jacques Mercier, découvreur infatigable de notre répertoire national, est un de nos meilleurs chefs d’orchestre français contemporains. Sa discographie en témoigne au plus haut point.

 

Jean-Pierre Pister, vice-président du CLM