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Les mélomanes amoureux de grandes voix sont heureux de suivre, depuis bientôt trente ans, la carrière exemplaire de Nathalie Stutzmann. Formée d’abord par sa mère, Christiane Stutzmann, de l’Opéra, ayant ensuite suivi l’enseigement de Michel Sénéchal puis de Hans Hotter, la cantatrice possède cette rare tessiture de contralto qui a pu être comparée à celle de la grande Kathleen Ferrier. Les discophiles se souviennent, en entre autres gravures d’exception, de ses interprétations de Lieder de Schumann, du Voyage d’hiver et de La Belle Meunière de Schubert, de plusieurs enregistrements d’œuvres du répertoire baroque, de ses interventions chantées dans les Deuxième et Troisième Symphonies de Mahler. Nous avons en mémoire, pour notre part, les très belles transmissions radiophoniques, d’Orphée de Gluck et d’un Pelléas dans lequel Nathalie incarnait à la perfection le personnage de Geneviève.

Nathalie Stutzman

Non contente d’avoir une voix exceptionnelle, Nathalie Stutzmann s’est lancée, il y a quelques années dans la direction d’orchestre, confortée par la formation très complète qu’elle a reçue naguère, comme pianiste, bassoniste et chambriste. Avec son ensemble Orfeo 55, elle s’est produite dans le monde entier et nous a laissé des enregistrements mémorables d’œuvres de Vivaldi, Bach, Haendel. Ne souhaitant pas se cantonner dans le répertoire baroque, Nathalie Stutzmann, conseillée par des chefs d’envergure, tels que Seiji Ozawa et Simon Rattle, s’est lancée dans le grand répertoire symphonique à la tête de plusieurs formations européennes, américaines et japonaises. Depuis le mois de septembre dernier, elle occupe les fonctions de chef principal invité de l’Orchestre symphonique de la radio irlandaise à Dublin. Nous l’avons ainsi entendue, dans une retransmission radiophonique, livrer au public une belle interprétation de la Seconde symphonie de Brahms qui n’était pas sans rappeler celle du grand Bruno Walter. En 2018, elle sera promue Chef Principal de l'Orchestre symphonique de Kristiansand en Norvège. Enfin, elle n’hésite pas à descendre dans la fosse pour de grandes représentations d’opéra. C’est ainsi qu’elle dirigea, il y a quelques mois, la rare version française du Tannhäuser de Wagner avec José Cura dans le rôle-titre. Lors du prochain festival d’Orange, en 2018, elle assumera la direction du Mefistofele de Boito, œuvre plus rare encore, du moins en France.

Chaque nouvel enregistrement d’une artiste aussi complète constitue donc un événement. C’est le cas du récent album paru chez Erato, Quella Fiamma ! Arie Antiche. Il s’agit d’un recueil de vingt-cinq airs composés par des musiciens des XVIIe et XVIIIe siècles, parmi lesquels Scarlatti, Carissimi, Porpora, Caldara, Haendel (un fragment de son Giulio Cesare), pour ne citer que les principaux. Sont intercalés, parmi ces petites pièces chantées, des fragments orchestraux réalisés à partir d’œuvres de ces mêmes compositeurs. Ces différents airs ont fait l’objet d’une compilation réalisée par le musicologue italien Alessandro Parisotti (1853 - 1913) qui les a publiés à la fin du XIXe siècle dans une version avec accompagnement de piano. Ils étaient bien connus des chanteurs lyriques mais, en grande partie, ignorés du grand public. La présente réalisation n’en a que plus de valeur. Nathalie Stutzmann y est à son meilleur et, outre son timbre unique, on admirera particulièrement l’excellence de son italien. La cantatrice-chef d’orchestre et ses instrumentistes ont réalisé un travail de recherche musicologique remarquable, avec un accompagnement orchestral particulièrement bien adapté à ce répertoire. Il est impossible de citer toutes les pièces figurant sur ce CD, les instrumentistes d’Orfeo 55 fournissant un superbe écrin orchestral.

 Après Prima donna d’après des œuvres de Vivaldi, et la Cantate imaginaire, compilation géniale d’œuvres de Jean-Sébastien Bach (Deutsche Grammophon), après les Héros de l’ombre de Haendel (RCA), ces Arie Antiche viennent compléter une discographie du plus haut niveau. Ce programme a déjà été donné en concert en France et à l’étranger en particulier, à l'Opéra Orchestre national Montpellier où l’ensemble Orfeo 55 est désormais en résidence, après avoir été l’hôte, pendant plusieurs années, de l’Arsenal de Metz. Nous permettra-t-on d’avoir une tendresse particulière pour ce Plaisir d’amour que tout un chacun croit connaître et qui est ici restitué dans sa version originale, celle du compositeur lui-même, Jean-Paul-Egide Martini (1741 - 1816) ?

En définitive, un disque exceptionnel, à posséder de toute urgence.

Jean-Pierre Pister, vice-président du Cercle Lyrique de Metz.